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© Olivier Barbaroux, Ifremer
Ulves

L'eutrophisation littorale

Les différentes formes de l’eutrophisation marine

Les accumulations de grandes algues vertes sur le littoral constituent la forme d’eutrophisation la plus visible (ulves en forme de feuilles de salade, entéromorphes en formes de petits rubans…) ; ces « marées vertes » sont observées en France sur une cinquantaine de plages bretonnes, dans le bassin d’Arcachon, et dans certaines lagunes méditerranéennes. Elles représentent une gène non seulement pour les activités balnéaires, mais aussi sur les zones conchylicoles où ces algues colmatent les tables à huîtres et les bouchots à moules.

Les sites bretons, soumis à un fort hydrodynamisme (courants de marée, houle) ne subissent pas de désoxygénation massive due à la décomposition de ces amas algaux ; par contre les lagunes méditerranéennes peuvent localement voir se développer des anoxies estivales à partir de foyers de décomposition de matière organique essentiellement formée d’algues vertes.

Animation : simulation du développement des ulves sur la plage du Moulin Blanc en Rade de Brest (Ménesguen et Cugier, Ifremer)

Eaux colorees en zone cotiere Zoom fenetre Eaux colorées en zone côtière - source Cedre

Les développements excessifs de phytoplancton , constitué de cellules microscopiques, sont la deuxième manifestation de l’eutrophisation sur le littoral ; la biomasse produite entraîne parfois la formation d’eaux colorées, et la dégradation de cette biomasse par les bactéries peut provoquer des désoxygénations au bas de la colonne d’eau, là où la réaération par l’atmosphère est plus difficile et où les algues ne produisent plus d’oxygène, du fait du manque de lumière.

Quelques sites côtiers, souvent au débouché d’estuaires, sont régulièrement touchés par des développements importants du phytoplancton. Le site de la baie de Vilaine a ainsi atteint le stade de l’anoxie grave en juillet 1982, ce qui a entraîné une mortalité massive de poissons et d'invertébrés benthiques. Dans certaines lagunes méditerranéennes (étang de Berre, étang de Thau) la dégradation des biomasses phytoplanctonique et macro-algale peut provoquer de fortes désoxygénations ; ces « malaïgues » (« mauvaises eaux » en occitan) portent atteinte à la flore, à la faune et parfois au élevages conchylicoles.

Installations conchylicoles de la lagune de Thau Zoom fenetre Malaïgue de 1997 sur les installations conchylicoles de la lagune de Thau : l’étendue de la zone anoxique correspond à la tache blanche qui est le résultat du métabolisme bactérien anaérobie - photographie H. Farrugio / Ifremer

Developpement de Phaeocystis Zoom fenetre Développement de Phaeocystis sur la côte du Pas-de-Calais - photographie H. Grossel / Ifremer

Les panaches de dilution de la Loire et de la Seine sont le siège de fréquents blooms phytoplanctoniques printaniers et estivaux provoquant des eaux colorées, et la bande côtière du Nord-Pas de Calais voit tous les ans, en avril-mai, d’abondantes formations d’écume nauséabonde issue de la prolifération de Phaeocystis sp.

Dinoflagelles Zoom fenetre Dinoflagellés (genre Alexandrium) - photographie E Erard / Ifremer
Diatomees  (genre Thalassiosira) Zoom fenetre Diatomees (genre Thalassiosira) - photographie E. Nézan et N. Chomérat / Ifremer

Contrairement au diatomées, cette microalgue, dépourvue de frustule (= enveloppe) siliceuse, est un exemple particulier du phénomène plus général de modification de flores, favorable au développement des espèces non-siliceuses comme les dinoflagellés ; ceux-ci profitent des apports des bassins versants qui, au cours du siècle dernier, sont restés stables en silice, mais ont été enrichis en azote et en phosphore par les activités humaines.

Certains dinoflagellés ( Dinophysis sp., Alexandrium sp...) sont producteurs de toxines diarrhéiques ou paralysantes, dangereuses pour l’homme consommateur de coquillages infestés. La répartition de Dinophysis sp. correspond clairement aux panaches de dilution des grands fleuves français ; le développement d’ Alexandrium s’observe sur certains sites bretons très côtiers et enrichis en nutriments, et dans les lagunes méditerranéennes.

 

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