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La crépidule

une espèce proliférante

Invasion et prolifération

Extension sur les côtes européennes et entrée accidentelle sur le territoire français

L’histoire de l’introduction et de la dissémination de la crépidule en Europe, est intimement liée à celle de l’ostréiculture. Associée à l’huître américaine (Crassostrea virginica) lors de son introduction accidentelle en Europe, elle est ensuite associée à la culture de l’huître plate (Ostrea edulis), des années 30 aux années 60, puis à celle de l’huître creuse (Crassostrea gigas) à partir des années 1970. On distingue 3 phases dans l’introduction de la crépidule sur les côtes françaises :

1Originaires de Virginie, des lots d’huîtres américaines sont importés en Angleterre à la fin du 19ème siècle et jusqu’aux années 1920, portant des crépidules. Avant d’être vendues ces huîtres sont déposées temporairement dans des sites où se trouvent des bancs naturels d’huîtres plates (Ostrea edulis) lesquelles sont rapidement colonisées, notamment dans l’estuaire de la Tamise. Or l’huître plate commence à y être cultivée et des lots s’échangent durant les années 30. Progressivement, par le biais du transport d’huîtres entre les nouveaux pays expérimentateurs (Angleterre, France, Hollande) la crépidule se dissémine en Europe. En France l’espèce apparaît alors ponctuellement dans les rias de Bretagne sud.

2 – En préparation du débarquement allié en Normandie, de nombreux navires et pontons sont en attente dans l’estuaire de la Tamise, ainsi que dans les rivières de la côte sud de l’Angleterre, dès 1942. Or ces eaux sont à cette époque colonisées par les larves qui se fixent sur ces nombreuses structures disponibles et s’y métamorphosent. Le jour J, les animaux traverseront la Manche pour venir s’échouer sur les plages normandes ou dans les ports de Brest et Cherbourg, donnant naissance à des foyers localisés ; c’est en effet là, qu’après la guerre, sont observées les premières colonies. A partir de Brest, qui est un des sites de reproduction et de vente de naissain d’huître plate, la crépidule sera « essaimée » plus largement en Bretagne.

3En 1969, la population d’huître portuguaise Crassostrea angulata, présente depuis 1868 sur les côtes atlantiques (Arcachon, Marennes-Oléron), est décimée par une maladie et il est décidé d’importer rapidement l’huître japonaise Crassostrea gigas pour la remplacer en Atlantique, après avoir remarqué ses facultés de croissance au cours de tests préalables. De 1971 à 1977, 10 000 tonnes de naissain seront importées du Japon, et environ 500 tonnes d'adultes en provenance de Colombie Britannique (Etats-Unis). L’apport massif de ces millions d’individus (naissains et adultes) va entraîner celui des espèces accompagnatrices présentes sur les sites d’origine, dont la crépidule. Après les parcs atlantiques, tous les centres ostréicoles français, de Normandie à la Méditerranée, vont être progressivement colonisés par introduction directe. Il s’agit là d’introductions répétées et régulières, plutôt que d’une réelle invasion . C’est à partir de cette 3ème phase, donc depuis les années 70, que l’on peut seulement parler de prolifération sur les côtes françaises.

La prolifération de cette espèce s’explique par plusieurs facteurs : les uns spécifiques à l’animal (grande adaptativité, reproduction étalée dans le temps, longue phase pélagique…), les autres externes (absence de prédateurs, milieu favorable, dispersion anthropique…).
Un des facteurs majeurs de prolifération reste l’activité de pêche au chalut et surtout à la drague. La crépidule n’étant pas une espèce commerciale (jusqu’à présent) est rejetée à l’eau avec les refus de tri, et parfois loin de sa zone de pêche, d’où cette dissémination que l’on observe particulièrement dans les baies de Bretagne-nord qui sont des secteurs de pêche de coquillages (Coq. Saint-Jacques, palourdes, praires, etc.). Ce facteur de dispersion par dragage a été analysé lors du programme LITEAU au cours duquel plusieurs sites différents ont pu être comparés (tableau ci-dessous).

Caractéristiques de quatre sites étudiés dans le cadre du programme LITEAU (1999 – 2002).

Site

Baie
de Saint-Brieuc

Rade
de Brest

Baie de
Marennes-Oléron

Baie
d'Arcachon

Surface
(km2)

800

150

60

44

Surface
colonisée (%)

25

61

13

5

Année
de signalisation

1974
(parcs à huîtres)

1949
(parcs à huîtres)

1969
(parcs à huîtres)

1969
(parcs à huîtres)

Activité

1- Dragage
2- Chalutage
3- Ostréiculture

1- Dragage
2- Ostréiculture

1- Ostréiculture
2- Dragage

1- Ostréiculture
Ni dragage
Ni chalutage

Prolifération

Oui
+++

Oui
++

+

Non

Tonnage

250 000

18 500

5 000

155

Source

Hamon et
Blanchard
(1994)

Chauveau (1998)

Sauriau et al.
(1998)

De Montaudouin
et al. (1999)

Les panneaux de chaluts et les dragues creusent des sillons dans lesquels s’accumulent les crépidules dispersées par la pêche, la houle et les courants. Ces accumulations deviennent ainsi de nouveaux foyers de colonisation. De plus, les dragues cassent les chaînes, séparant les individus et multipliant les débris coquilliers, ce qui augmente la surface de supports favorables à la fixation des larves.

Le même scénario s’étant déroulé dans de nombreux sites conchylicoles européens, on observe aujourd’hui la présence de la crépidule de la Norvège à Malte. La Manche est au centre de sa répartition géographique européenne.

L’Ifremer a réalisé plusieurs évaluations dans des sites de Bretagne-nord concernés par la prolifération. Les résultats montrent des stocks de crépidules de 150 000t. en baie du Mont Saint-Michel, 250 000 t. en baie de Saint-Brieuc, avec des biomasses atteignant fréquement 10 kg m-2. L’observation se fait, au moyen du sonar à balayage latéral, technique d’abord mise en œuvre en baie de Saint-Brieuc puis sur d’autres sites comme Marennes-Oléron et la baie du Mont Saint-Michel. Cette technique permet de définir des niveaux de recouvrement du fond. Cette observation est complètée par des observations de vidéo sous-marine et des échantillonnages quantitatifs pour valider les peuplements et estimer le stock. Par comparaison d’observations successives, le taux de prolifération est mis en évidence.

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Les crépidules en Europe - Introduction et dissémination

 

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