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L'exploitation de la crépidule en Bretagne-Nord est opérationnelle

15/05/2002

La prolifération de la crépidule ( Crepidula fornicata) s'est intensifiée depuis une trentaine d'années sur le littoral nord de la Bretagne. Ce mollusque occupe désormais une place importante dans les écosystèmes côtiers, notamment dans les baies et les estuaires à vocation ostréicole. Il entre en compétition pour l'espace et la nourriture avec des espèces d'intérêt commercial (coquille Saint-Jacques en baie de Saint-Brieuc et en rade de Brest, huître à Cancale) et génère aussi des nuisances pour les activités de pêche aux engins traînants. Pour tenter de limiter localement cette prolifération et répondre à la demande de plus en plus forte des professionnels, un programme de restauration des fonds a été mis en oeuvre par l'Association pour la REcolte et la VALorisation de la crépidule en Bretagne (AREVAL) en utilisant une technique innovante. Ce projet, cofinancé par les Collectivités locales et la profession, est coordonné par Côtes-d'Armor Développement. Il devrait permettre la récolte et le traitement d'environ 200 000 tonnes de crépidules durant une période de 4 à 5 ans et un suivi scientifique de l'exploitation.

crepidules

Photo G. Rocher/Ifremer

Les raisons de sa prolifération

Originaire d'Amérique du Nord (façade Atlantique) le mollusque a été transféré sur les côtes européennes (Angleterre) à l'occasion de l'arrivée d'huîtres de Virginie, à la fin du XIXème siècle. Il s'étend aujourd'hui de la Suède à la Méditerranée...
Sur nos côtes, les biomasses les plus importantes sont localisées dans le golfe normand-breton, où elles se chiffrent en milliers de tonnes, notamment dans les baies de Saint-Brieuc (250 000 tonnes) et de Cancale (100 000 tonnes).
Les raisons d'un tel succès sont liées aux particularités de l'espèce, opportuniste grâce notamment à une stratégie de reproduction très efficace, de faibles exigences écologiques, une alimentation peu limitante et une absence de prédateurs. De plus elle n'est pas exigeante sur la nature des fonds qu'elle colonise car les chaînes d'adultes, nouvellement créées, peuvent compenser l'absence de support pour les jeunes recrues.
C'est ensuite l'activité humaine, la pêche côtière aux engins traînants par exemple, qui est venue assurer sa dissémination.

Le début d'une exploitation industrielle

Le projet industriel développé par l'Areval en Bretagne Nord, est entré en 2002 dans sa phase opérationnelle ; il constitue une entreprise à la hauteur du phénomène. Sa finalité est de diminuer sensiblement les stocks de crépidules en place (en priorité dans les baies de Saint-Brieuc et du Mont Saint-Michel) dans un temps limité. Il veut aussi rendre durablement les fonds à leur disponibilité pour le recrutement de coquillages d'intérêt commercial.
Ainsi, il est prévu de récolter 40 à 50 000 tonnes de crépidules par an (pendant 4-5ans). Les caractéristiques de l'outil de récolte sont : un navire (le Côtes-d'Armor) long de 58 m, d'une capacité en cale de 700 m3, capable d'extraire quotidiennement 500 tonnes de crépidule. Ce navire, capable d'intervenir sur des fonds inférieurs à 20 m, est équipé d'une élinde traînante de 36 m de longueur, reliée à un " aspirateur hydraulique " muni de patins réglables en fonction de la nature des fonds. L'ensemble est ballastable, pour présenter un impact minimal sur le substrat marin et alimente un système de crible inverse destiné à récolter sélectivement les coquillages. Les crépidules triées sont alors dirigées vers la cale de stockage, après un lavage intense nécessaire pour la suite du procédé industriel de traitement en usine, à terre.

La transformation des crépidules en amendement agricole

Si la chair de la crépidule est comestible, au point que certains restaurateurs l'ont proposée dans des plateaux de fruits de mer, sa valorisation pour l'agroalimentaire a été abandonnée en raison de la difficulté du décoquillage et du coût de revient comparé pour les moules. Comme la coquille est composée de carbonate de calcium, identique à celui qu'utilisent les agriculteurs bretons pour amender leurs champs et équilibrer leur acidité, c'est cette voie qui a été favorisée. Les crépidules sont ainsi traitées à terre dans les 48 heures suivant leur récolte afin d'éviter dégradation bactérienne et émanations. Dans l'usine construite par la SECMA, elles sont égouttées, introduites dans un sécheur rotatif et transférées vers un broyeur où les coquillages (coquille et chair) sont transformés en poudre. Le stockage du produit fini s'effectue dans des silos de grande capacité (2 à 3 000 m3).
Le produit obtenu, baptisé " biocarbonate marin " présente toutes les qualités d'un amendement calcaire classique. Il peut être commercialisé en complément d'autres produits (sables calcaires par exemple).

Le carbonate marin pourra plus tard être proposé aux aviculteurs, comme complément calcique à l'alimentation des poules pondeuses. Des recherches sont également en cours à l'Ecole Centrale de Nantes pour la fabrication de bio-mortier composé de béton et de farine de crépidule, qui aurait une résistance intéressante aux flammes à 1 000 degrés.

On ne peut cependant imaginer d'éradiquer complètement l'espèce. Aussi, à la suite d'une récolte massive avec des moyens industriels, un relais devra être assuré par les pêcheurs et les ostréiculteurs pour garantir un niveau de colonisation compatible avec le maintien de leurs activités.

La nécessité d'un suivi de l'exploitation et de ses effets

Les incertitudes relatives à l'impact écologique d'une telle exploitation nécessitent un encadrement scientifique et motivent la mise en place d'un suivi de l'exploitation et de ses effets sur le milieu. Cette étude de suivi, en cours de contractualisation, doit associer l'Ifremer, pour évaluer les effets à court et moyens termes de l'exploitation sur le milieu et Côtes d'Armor Développement, plus particulièrement en charge du suivi de la récolte (conditions d'intervention, tonnages récoltées, espèces commerciales associées...).
Il convient de signaler, par ailleurs, la réalisation en cours d'un projet d'étude plus général sur la prolifération de la crépidule qui associe l'Ifremer, l'Université de Brest, le CREMA de l'Houmeau et le Laboratoire d'Océanographie Biologique d'Arcachon, dans le cadre du programme national " Liteau " (http://www.environnement.gouv.fr/actua/proposit/2000/liteau.htm) sur le domaine marin littoral.

crepidulabbx

Photo O. Barbaroux/Ifremer

Pour en savoir plus

Le site du département d'Ecologie Côtière
http://www.ifremer.fr/delec/projets/crepidule/crepidul.htm

Cuisiner la crépidule
http://www.saveurs.sympatico.ca/ency_7/coquille/crepidul.htm

 

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