ifremer Ifremer environnement
© Alain Le Magueresse, Ifremer
Arcachon
Surveillance Résultats Votre région

 

Documents
Rechercher
Rechercher
Plan du site Contact Copyright Crédits

Accueil > Actualité > 2002 > >

La contamination des huîtres par les toxines diarrhéiques secrétées par l'algue Dinophysis : un risque à prendre au sérieux ?

23/12/2002

23 décembre 2002

Un test positif (test biologique "souris") a été obtenu, juste avant les fêtes de Noël 2002, sur des huîtres prélevées à LEUCATE (nord de l'étang de Salses-Leucate, partie Aude). Cette nouvelle déclenche une vague d'inquiétude bien légitime dans le monde ostréicole français : à ce jour, la micro-algue " Dinophysis", la plus fréquente sur les côtes, contaminait les moules - bloquant ainsi provisoirement leur commercialisation - mais laissait indemnes les huîtres. En effet, le métabolisme et les préférences alimentaires de ces dernières semblent de nature à limiter fortement leur capacité à accumuler les toxines diarrhéiques émises par Dinophysis.

Cet effet de la nature permet de minimiser considérablement les impacts des efflorescences algales à Dinophysis.

La nouvelle que cette protection naturelle ne serait plus totalement efficace introduit une menace potentielle pour l'activité ostréicole : il est utile d'éclairer cette information en revenant sur l'alerte survenue à Leucate en cette fin d'année.

1. Première question

Pourquoi a-t-on trouvé des toxines diarrhéiques dans les huîtres de Leucate ?

La réponse est doublement évidente :

  • parce qu'il y en a ;
  • parce qu'on les a cherchées.

Mais ces évidences ne sont pas fortuites et méritent d'être replacées dans le contexte national et des évolutions réglementaires européennes :

a)

L'année 2002 - la plus chaude depuis 150 ans d'après l'OMM - a été atypique pour le déroulement des efflorescences algales à Dinophysis : faibles en début d'année, elles se sont poursuivies exceptionnellement tard en saison. Ainsi, le Morbihan, normalement affecté en été, n'a subi ses premières toxicités (après un premier épisode de courte durée au printemps) qu'à partir d'octobre... mais jusqu'en décembre. Groix dans le Morbihan, et la zone de l'île Dumet en Loire Atlantique, n'ont pu être réouverts par les Préfets qu'aux 11 et 13 décembre respectivement.

Dans le Finistère, les prélèvements sur la côte sud sont restés positifs jusqu'au début décembre (réouverture Douarnenez : 13 décembre).

Quant à la Manche, si la zone d'Antifer s'est révélée contaminée comme à son habitude (d'août à octobre), on y a découvert la présence de cellules de Dinophysis jusqu'à Boulogne, avec des concentrations significatives en Baie de Somme (700 cellules par litre), ce qui ne s'était par vu depuis plus de 10 ans.

L'étang de Salses-Leucate (dans sa totalité : parties Aude et Pyrénées Orientales) lui même, a connu une présence continue de Dinophysis (avec moules toxiques) de novembre 2001 à avril 2002 (soit 6 mois consécutifs). Les tests sont ensuite restés négatifs (moules consommables en toute sécurité) jusqu'à mi-octobre 2002.

b)

Indépendamment de cette anomalie hydro-climatique, le dispositif de surveillance de la salubrité des coquillages fait l'objet d'une harmonisation des pratiques dans les pays de l'Europe exportateurs et consommateurs. C'est le travail de l'Office Alimentaire Vétérinaire de la Direction Générale de la Santé et de la Consommation à Bruxelles (DG SANCO).

Elle anime un réseau de laboratoires dits "de référence" pour chacun des risques sanitaires qu'elle surveille. Pour le risque toxinique, le laboratoire de référence " communautaire " est espagnol et le laboratoire de référence " national " français est l'AFSSA.

Ce réseau a signalé, dans quelques pays, des cas de tests positifs (donc dépassements des seuils sanitaires) sur des huîtres soumises aux tests de détection des toxines diarrhéiques.

En France, l'AFSSA et le Ministère de l'Agriculture et de la Pêche ont donc décidé, suivant la demande de l'Office Alimentaire Vétérinaire, de lancer des campagnes pour vérifier la réalité de ce nouveau risque sur notre littoral. Dans cet objectif, ils ont passé commande à l'Ifremer d'une étude qui consiste à doubler les tests "moules" par des tests "huîtres", en parallèle, partout où ces deux espèces peuvent être prélevées à proximité.

C'est ainsi que, depuis mars 2002, ces tests expérimentaux "huîtres" se déroulent dans une vingtaine de zones réparties sur tout le littoral français. A ce jour, aucun de ces tests n'avait été confirmé positif, même si des traces de toxines diarrhéiques ont pu être mesurées (par analyse chimique) dans certains échantillons de glandes digestives. Celui de Leucate constitue donc bien une première en France.

2. Deuxième question

Que va t-on faire maintenant ?

La réponse à cette question ne relève pas des compétences de l'Ifremer. Elle sera fournie par le Ministère de l'Agriculture en liaison avec l'AFSSA (laboratoire de référence).

Toutefois, pour l'année 2003, les choses sont claires : le plan de surveillance REPHY (réseau de surveillance du phytoplancton et des phycotoxines), commandé par le Ministère à l'Ifremer pour 2003 - et arrêté depuis novembre 2002 - comprend déjà une modification majeure par rapport à celui de 2002, puisqu'il introduit au plan opérationnel les tests biologiques sur les huîtres dans les zones à risques.

Le consommateur bénéficiera donc, grâce à cette anticipation, d'une sécurité maintenue à l'identique, dans un contexte de vigilance accrue, justifiée, semble t-il, par un risque accru.

Au delà de 2003, cet effort de vigilance, qui a un coût considérable pour le contribuable (pour sa mise en oeuvre) et pour les ostréiculteurs (par ses conséquences) devra être amélioré et optimisé pour viser "au plus juste" le risque effectivement encouru : en effet, les imperfections et les délais du test biologique (test "souris") amènent logiquement à une attitude de précaution dans la gestion des épisodes toxiques. Cette attitude peut aggraver ou, à l'inverse, sous estimer la situation, puisque le test "souris" ne détecte pas la présence de toxines avec une fiabilité totale, comme tous les tests biologiques.

La solution retenue par quelques pays (Amérique, Nouvelle Zélande), et développée actuellement en France, serait de basculer progressivement vers la mesure chimique directe des toxines recherchées dans la chair ou la glande digestive des coquillages.

Mais cette transition entre deux méthodes est toujours délicate : au plan scientifique, il faut étalonner soigneusement les seuils d'alerte entre les méthodes, sécuriser les protocoles, les faire valider au niveau européen ; au plan réglementaire, il faut clarifier le système d'interprétation des résultats et de décision.

L'événement de Leucate incite à accélérer les travaux sur les deux points ci-dessus dans l'intérêt général. Il pose aussi la question d'une meilleure compréhension des facteurs de cette évolution écologique : un accident de l'écosystème ou une tendance durable ? Une partie des réponses dépend de l'évolution de l'espèce Dinophysis elle-même et de sa capacité à s'adapter aux changements que l'homme et le climat créent dans les eaux littorales. Ces réponses resteront très difficiles à obtenir tant qu'on ne saura pas cultiver cette espèce en laboratoire, pour en étudier le comportement dans des conditions d'élevage variées (température, nutriments, pollutions, ...). Or aucune équipe scientifique n'est parvenue à ce jour dans le monde, à cultiver et conserver une souche de Dinophysis en laboratoire.

La recherche doit donc s'opérer dans les milieux naturels, où les expérimentations sont beaucoup plus aléatoires et onéreuses, ... et tributaires des efflorescences. C'est la voie difficile sur laquelle devront progresser les petites équipes de spécialistes de l'Ifremer et des Universités.

Dans ces conditions, il faut bien admettre que du temps sera nécessaire pour lever les incertitudes scientifiques sur tous les mystères entourant ces efflorescences toxiques.

Pour en savoir plus


La rubrique ''Surveillance'' de ce site :
http://www.ifremer.fr/envlit/surveillance/rephy.htm

Le bulletin des proliférations de micro-algues toxiques Rephy Info Toxines
http://www.ifremer.fr/depot/del/infotox/présente des informations sur les toxines et sur les interdictions de vente de coquillages.

 

fermer

Lire la suitelire