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Quatre vingts ans d'histoire de l'Institut Océanographique de Nhatrang (Viêtnam)

14/09/2002

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En mai 1921, Armand Krempf [1] , alors directeur de l'Institut scientifique d'Indochine, est chargé d'organiser un laboratoire de pêcheries à Nha-Trang, dont la création est officiellement décidée par un arrêté du Gouverneur général de l'Indochine en date du 14 septembre 1922, sous le nom de Service océanographique des pêches. Le choix du site de Nha-Trang tient à la richesse et la diversité des biotopes des zones côtières avoisinantes et à sa situation géographique au centre de la mer Orientale (ou mer de Chine méridionale), dans un site exceptionnel et bien abrité. Armand Krempf qui en est nommé le premier directeur, consacre les années suivantes à la construction et l'équipement des laboratoires. Il s'entoure de deux assistants, Pierre Chevey et Constantin Nikolaevitch Dawydoff. Cette équipe, aidée par des scientifiques de passage, s'engage dans un important travail d'inventaire faunistique et floristique, du golfe du Tonkin jusqu'au golfe de Thaïlande (à l'aide de son navire océanographique, le De Lanessan), et dans des études plus appliquées telles que la fermentation du Nuoc mam ou les huiles et farines de poisson.

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Visite de l'Institut Océanographique de Nhatrang avec l'empereur Bao Dai, en février 1933 (Photo famille Chevey)

Pour étendre ses activités de recherche au-delà de celles de la pêche, le Service océanographique des pêches est érigé le 1er janvier 1930 en Institut océanographique, avec personnalité civile et autonomie financière, toujours sous la direction d'Armand Krempf, son fondateur. Au cours des années 30, l'Institut qui est dirigé par Pierre Chevey [ 2], nommé directeur en mai 1931, doit d'abord faire face à des difficultés financières considérables résultant de la crise économique mondiale qui a touché l'Indochine. L'essor repris les années suivantes est à nouveau perturbé en 1940 par la guerre et plus encore par la mort de Pierre Chevey en 1942. L'Institut est alors mis en sommeil. Fin 1945, ses installations et collections vont souffrir des combats de la libération. En 1946 la France procède à son rééquipement, permettant une reprise d'activité sous la direction de Raoul Serène. Le 1er janvier 1952, l'Institut est transféré au Viêtnam indépendant. Une convention prévoit néanmoins une cogestion provisoire, jusqu'en 1956, pendant laquelle l'Institut est placé sous le patronage scientifique de l'Académie des Sciences de l'Institut de France et son directeur vietnamien, Ngô Ba Thanh, est assisté de Raoul Serène, comme conseiller.

L'Institut qui assumait alors des fonctions d'enseignement et de recherche marine dans l'université locale, crée des programmes d'enseignement au niveau de la maîtrise ès-sciences et du doctorat. Les domaines de recherche sont étendus à l'océanographie physique, la chimie marine et la géologie.

Ses laboratoires, ses collections, sa bibliothèque et ses publications font de l'Institut océanographique de Nhatrang un centre de recherche marine mondialement connu. Il accueille de nombreux scientifiques du Sud-Est asiatique, de l'Europe de l'Ouest et des Etats-Unis qui y viennent poursuivre des travaux de recherche. Parmi les différents programmes de coopération, il convient de citer la campagne internationale d'exploration organisée sous le couvert de la FAO et à laquelle participèrent les deux navires de recherche, le Kyoshiu Maru 42 et le Friendship.

Pendant cette période (1959-1961), le Viêtnam du Nord forme une équipe de levé océanographique pour participer, dans le cadre de la coopération avec la Chine, à leur premier programme d'exploration du golfe du Tonkin. C'était alors la plus grande campagne d'exploration jamais montée dans cette région. En 1961, le Comité d'Etat au Plan décide de créer une station de recherche marine, à Haiphong, constituée à partir du personnel ayant participé aux travaux dans le golfe de Tonkin. La Station de Haiphong est le premier centre de recherche marine établi dans le Nord du Viêtnam. En 1967, le Conseil du Gouvernement de la République démocratique du Viêtnam décide d'élever cet établissement qui devient l'Institut de recherche marine de Haiphong.

En 1975, l'ensemble du pays est libéré. Le nord et le sud du Viêtnam sont unifiés. Cette nouvelle situation est propice pour le développement d'un nouvel institut océanographique. L'Institut de recherche marine de Haiphong et l'Institut océanographique de Nhatrang fusionnent. L'ancien Institut océanographique de l'Indochine prend la dénomination d'Institut de recherche marine, avant de retrouver son nom d'Institut océanographique. La succursale à Haiphong qui est gérée par l'Institut, se consacre aux études dans le golfe de Tonkin. Avec le temps, les activités de l'Institut augmentent pour inclure les études sur l'ensemble de la zone côtière de la nation et sur ses archipels éloignés (Tho Chu, Paracels).

Depuis 1954, l'Institut océanographique de Nhatrang a été dirigé par d'éminents scientifiques, successivement les docteurs Ngô Ba Thanh, Pham Hoang Ho, Hoang Ngoc Ban, Nguyen Chung Tu, Nguyen Hai, Trân Ngoc Loi, Le Trong Phan, Nguyen Huu Phung, Vo Van Lanh. Le directeur actuel est le Dr. Nguyen Tac An.

L'Institut Océanographique aujourd'hui

L'Institut est un établissement public de recherche, placé sous la tutelle du Centre national des sciences naturelles et de la technologie du Viêtnam. Le gouvernement lui a confié une mission très large de recherche et de développement pour la connaissance des mers adjacentes et l'exploitation des ressources marines. Il participe également à la formation de spécialistes dans les différentes disciplines de l'océanographie. Plus de deux cents chercheurs, ingénieurs, techniciens et administratifs participent à ses multiples missions. Ces personnels travaillent dans les différents implantations de l'Institut océanographique qui comprend :

  • un établissement principal situé à Nha-Trang,
  • un centre régional à Haiphong,
  • un centre régional à Hanoï (en géologie marine et de l'environnement),
  • l'Observatoire mixte des îles Spratly,
  • le Centre des données et informations océanographiques,
  • le Musée océanographique national
  • des stations de surveillance de l'environnement situées à Do Son, Nhatrang, Cangio et Truong Sa.

Chacun des trois principaux établissements de l'Institut, à Nhatrang, Hanoï et Haiphong, entretient un dispositif d'archivage et de gestion de données et d'information. Le patrimoine comprend des ouvrages et des documents datant du XIXe siècle, ainsi que des centaines de rapports sur les recherches menées en mer Orientale (Bien Dong), du début du XXe siècle à nos jours. Au total, la bibliothèque possède plus de 7 000 volumes et 60 000 revues océanographiques.

L'Institut entretient et dirige également le musée océanographique national qui est installé dans ses locaux à Nhatrang. Plus de 40 000 spécimens d'organismes marins y sont enregistrés, dont près de 10 000 proviennent de la mer Orientale. L'aquarium, ouvert au public, est également utilisé à des fins scientifiques.

La coopération scientifique avec la France

En 1991, des contacts ont été pris entre le Centre National Vietnamien des Sciences Naturelles et de la Technologie, duquel dépend l'Institut Océanographique de Nhatrang (ION), et l'IFREMER pour relancer la coopération dans le domaine des sciences de la mer, arrêtée vers la fin des années 70. Plusieurs projets ont ainsi été menés en coopération depuis 1992, avec pour certains le soutien financier de l'union européenneen et la participation d'autres pays (Indonésie, Hollande, ...) ou d'autres organismes français (Université de Montpellier, IRD, ENSAR ...). Ces derniers concernent l'étude de l'impact de l'aquaculture crevettière sur l'environnement et l'aide à la sélection de sites aquacoles (projet STD 1994) ou l'actuel projet GAMBAS qui vise à mieux comprendre les mécanismes écologiques gouvernant l'activité crevetticole dans le delta du Mékong.

[1] Un autre nom doit être associé à la naissance de l'océanographie à Nha-Trang et au choix de ce site, c'est celui d'Alexandre Yersin, à qui nous devons la découverte du bacille de la peste. Esprit curieux, il a effectué de nombreuses mesures d'océanographie (en particulier de marégraphie) et de météorologie dans la baie de Nha-Trang où il a passé la plus grande partie de sa vie, comme directeur de l'Institut Pasteur.

[2]A deux reprises, en 1923 puis en 1927, Pierre Chevey fut chargé de missions et de travaux spéciaux par l'Office Scientifique et Technique des Pêches Maritimes, organisme qui deviendra plus tard l'ISTPM puis l'IFREMER (Ses travaux sur le tacaud et sur les bouchots de la Baie du Mont Saint Michel ont été publiés dans les notes et mémoires de l'ISTPM). Pierre Chevey, qui occupa en février 1928 son premier poste à l'Institut de Nha-trang comme assistant, fut nommé Directeur intérimaire en mai 1931. Il doit alors faire face aux nombreuses difficultés résultant de la crise économique mondiale. Il donne de nouvelles orientations à l'Institut qui, tout en poursuivant les travaux de recherche fondamentale, développe des études appliquées comme la fabrication du Niocman ou les phosphates des îles.

Pour en savoir plus

Les pages sur l'Institut sur le site du Centre National Vietnamien des Sciences Naturelles et de la Technologie
http://www.vista.gov.vn/VistaEnglish/VistaWeb/caccoquan/vhdhe.htm

Le projet Gambas
http://www-ku-ac-th.miroir.ird.fr/delta/deltamk/research/research021.htm

Le projet d'étude de l'impact de l'aquaculture crevettière sur l'environnement
http://europa.eu.int/comm/development/publicat/fish/129914.pdf

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