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Eolien offshore : l'importance des études d'impact

20/10/2003

Le rapport du Secrétariat Général de la Mer sur l'"Energie éolienne en mer - Recommandations pour une politique nationale" a été mis en ligne sur le site de la Documentation Française http://www.ladocumentationfrancaise.fr/BRP/034000204/0000.pdf, conformément aux recommandations du Comité Interministériel de la Mer du 29 avril 2003.

A cette occasion et dans le cadre d'un dossier sur le développement durable, la revue Chambre et Sénat (numéro 39, septembre 2003) publie un article intitulé «Eolien offshore : l'importance des études d'impact», recueil d'éléments par Jean-Philippe Biron. Cet article est repris in extenso ci-après.

Eolien offshore : l'importance des études d'impact

Rappelant à certains les moulins à vent de nos pères qui, profitant de l'exposition ventée, regroupaient parfois plusieurs moulins aux flancs de certaines collines, les éoliennes commencent à s'inscrire dans certains de nos paysages.

L'Allemagne est actuellement le géant mondial du vent et son expérience a permis de constater qu'à l'intérieur des terres la puissance théorique installée ne fournissait que 30% de l'énergie dégagée par une centrale nucléaire de puissance équivalente ainsi que d'évaluer la longévité prévisible et l'entretien nécessaire à ces structures.

La France avec ce recul gratuit a constaté la réticence relative de beaucoup de communes à voir s'implanter sur leur territoire ces fermes d'un nouveau genre dont la sonorité inquiète certains qui disent observer des phénomènes disruptifs sur leurs télévisions et dans leurs communications.

La rentabilité de l'éolien croit avec la taille des machines. En contrepartie, l'augmentation de la taille se traduit par un accroissement des nuisances sonores, et pose des problèmes de génie civil (acheminement terrestre de machines de plus en plus grosses).

Pourquoi l'offshore ?

L'intérêt de l'éolien offshore (donc en mer) sur son homologue terrestre permettrait de s'affranchir de ces deux contraintes.

" Dans le cadre de ses engagements internationaux, la France s'est fixé des objectifs ambitieux de développement de ses capacités de production d'électricité à partir d'énergie renouvelable, et notamment d'énergie éolienne. Dans ce cadre, la filière "offshore" semble prometteuse..." . Tels sont les propos introductifs du rapport "Energie éolienne en mer - Recommandations pour une politique nationale" publié par le Secrétariat Général de la Mer en décembre 2002. Ce document (55 pages + annexes) présente les différents enjeux (qu'ils soient énergétiques, industriels, maritimes ou économiques), les installations de production éolienne en mer en précisant leur cadre juridique actuel et leurs impacts potentiels, les usages concurrents, etc. Le texte qui suit en reprend certains points techniques et/ou environnementaux généraux.

Pour être propice à l'installation d'un parc éolien offshore, un site marin doit présenter plusieurs atouts :

  • Avoir un bon potentiel éolien proprement dit (des recensements du potentiel éolien ont été réalisés au niveau de l'ensemble de l'Europe par divers instituts et bureaux d'études ; au niveau français, citons les travaux coordonnés par l'ADEME).
  • Être relativement côtier et présenté de faibles profondeurs d'eau au regard des techniques actuelles (entre - 10 m et - 20 m ; - 50 m dans quelques années).
  • Avoir un arrière pays déjà équipé d'un réseau électrique acceptant l'énergie produite par ce parc, puis son transport / évacuation vers les lieux de consommation (dans l'hypothèse où un tel équipement n'existerait pas à terre au droit d'un site marin favorable, il faudrait compter sur un délai d'environ 7 années pour le créer et le rendre opérationnel [étude d'impact, enquête publique, expropriations, chantier, ...]).
  • Ne pas avoir un taux d'occupation trop important de son espace marin, par des activités civiles ou militaires, marines ou aériennes, professionnelles ou non, ..., certaines de ces activités pouvant être partiellement ou totalement incompatibles avec un parc éolien. Une mauvaise analyse de certaines activités pourrait conduire à des conflits d'usages, par exemple avec les professionnels de la pêche.

La prise en compte de ces atouts devrait conduire à la sélection d'un nombre restreint de sites sur le littoral métropolitain, ces sites pouvant avoir un fort potentiel.

Des coût fixes importants

Les coûts fixes pour l'entretien d'un parc éolien en mer seront plus importants que pour un parc à terre. Ainsi, la nécessité d'un bateau spécialisé avec son propre équipage s'imposera en mer, alors qu'à terre une simple fourgonnette suffit.

Cette différence de coûts fixes va imposer, pour de simples notions de rentabilité, une taille différente des parcs : à terre, la puissance globale d'un parc peut aujourd'hui avoisiner 10 à 20 MW (plusieurs machines de puissance nominale inférieure ou égale à 1 MW) ; en mer, la puissance globale approcherait les 80 MW ou 100 MW (machines de 1 à 4 MW).

Il faut voir grand

L'approche actuelle de l'éolien offshore conduirait à privilégier le développement de générateurs de courant entraînés par un rotor à 3 pales, montées sur un axe horizontal supporté par un mât fixé au fond par un seul pieu. Visuellement, ces machines auront des pales de 30 à 40 m de longueur (soit un diamètre pouvant atteindre 80 m), et une hauteur au-dessus du niveau de la mer de 60 m à plus de 100 m.

Un futur parc éolien offshore, comprenant quelques dizaines d'éoliennes possédant ces caractéristiques techniques, présenterait des machines disposées en plusieurs rangées. Afin de limiter les effets de sillage, l'espacement entre deux machines serait de 300 m à 500 m ; celui entre deux rangées serait de 800 m à 1000 m. La superficie totale d'un parc sera donc fonction du nombre de machines et des espacements retenus.

La liaison au réseau

A l'intérieur même du parc, un réseau sous-marin de câbles électriques reliera les éoliennes entre elles. Puis, la liaison entre le parc et le réseau à terre devrait se faire par un câble principal unique.

...nécessité d'une étude d'impact ...

Cette présence d'un (ou plusieurs) câble transportant de l'énergie devrait conduire le pétitionnaire à réaliser une étude d'impact de son projet sur le milieu. Selon la réglementation en vigueur, cette étude d'impact comprendrait :

  • La présentation technique du projet (localisation du parc et du câble, puissance globale, nombre et structure des éoliennes, durée prévisible de la concession, maintenance, démantèlement, mesures prévues en cas de rupture accidentelle du câble, caractéristiques du câble notamment en matière d'isolation et de résistance à l'abrasion, etc.).
  • L' analyse de l'état initial de l'environnement de l'ensemble du secteur marin concerné, tant par le parc éolien proprement dit (au large) que par le câble de liaison et sa zone d'atterrage (reconnaissance des fonds marins et dunaires dans les domaines morphologique et sédimentaire ; reconnaissance de la biodiversité faunistique et floristique, avec, notamment, un état de la ressource halieutique dans l'ensemble de la zone, etc.). L'analyse de la zone d'atterrage prendra en compte le cadre particulier de la frange terrestre côtière (Loi Littorale, Politique du Conservatoire du Littoral, Plan Local d'Urbanisme, etc.).
  • L' analyse de l'impact du projet sur cet environnement (mouvements sédimentaires, évolution de la biodiversité, etc.). Devrait être particulièrement apprécié l'impact du projet sur la ressource halieutique d'une part, sur les usages (métiers, ...) d'autre part.

...ensouiller ou non ...

  • La problématique de l'ensouillage ou non du câble, en totalité ou en partie, y sera traitée ; les pratiques de pêche (drague, chalut) dans le secteur ou la présence de maërl (algue calcaire) pourraient en effet orienter différemment le choix technique (ensouillage ou simple pose sur le fond) du pétitionnaire.
  • Les mesures préconisées pour réduire, ou supprimer, l'impact environnemental du projet.

En dehors du volet purement énergétique (production d'électricité à partir du vent, des courants marins ou des vagues), la problématique de l'éolien offshore recoupera, sur bien des points, celle des câbles sous-marins, ou encore celle plus large des structures totalement ou partiellement immergées, flottantes (donc ancrées), ou fixées (pieux) directement sur le fond.

Parmi ces structures, citons les plates-formes, les cages flottantes, les barges fixes, les formes de radoub flottantes.

Le cadre juridique de l'éolien offshore s'inspirera donc, pour parties, de celui de ces autres usages.

...le domaine maritime ...

Ainsi, à titre d'exemple, un projet éolien offshore nécessitant toujours un lien matériel de rattachement (pieux et câble) avec le sol, le pétitionnaire fera une demande d'occupation du domaine maritime de l'État du fait que ce dernier est le propriétaire du sol et du sous-sol des eaux.

...navigation à l'intérieur du parc ...

Certains points spécifiques seront toutefois à préciser (possibilité, ou non, de navigation à l'intérieur même du parc ; etc.).

Rappelons qu'aujourd'hui le Domaine Public Maritime (D.P.M.) est toujours sous l'autorité de l'Etat. Le Comité Interministériel de la Mer du 29 avril 2003 a chargé le SG-Mer de créer un groupe de travail pour proposer des modifications à la réglementation actuelle concernant la gestion du D.P.M. qui pourrait être partiellement confiée aux collectivités territoriales.

S'il est certain que l'énergie éolienne est plus chère que l'énergie nucléaire et que l'éolien offshore est plus cher que le terrestre, la principale question qui se pose aux élus est de déterminer parmi les énergies renouvelables la place à réserver à ces concepts.

Leur choix déterminera l'avenir énergétique de la France dans les 50 années à venir.

 

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