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L'étude du comportement des tortues marines à l'aide de satellites

09/04/2003

Bien que les tortues marines fassent l'objet d'une intense protection internationale, la poussée démographique dans les îles du sud-ouest de l'océan Indien fait peser une menace sur la pérennité de ces populations. Les travaux scientifiques de l'IFREMER et du Centre d'Etude et de Découverte des Tortues Marines (CEDTM) apportent une aide indispensable à l'élaboration de plans de gestion et de protection des espèces menacées.

Les tortues marines sont des reptiles apparus dans les eaux du globe il y a plus de 100 millions d'années. Il existe huit espèces de tortues marines qui ont comme caractéristiques communes, une grande longévité (qui peut dépasser 80 ans), une maturité sexuelle tardive (de 8 à 40 ans), une diversité d'habitats au cours de leur cycle de vie qui les amène à effectuer d'importantes migrations. Ces caractéristiques les rendent particulièrement sensibles aux activités humaines (urbanisation, pollution, pêche). Autrefois très abondantes, toutes ces espèces sont aujourd'hui menacées et font à ce titre l'objet de mesures de conservation. Elles sont classées en annexe 1 de la Convention de Washington (CITES) et sur la liste rouge de l'Union Internationale pour la conservation de la Nature (IUCN). Protégée, la tortue verte ( Chelonia mydas) est devenue emblématique pour les îles de l'océan Indien qui la considèrent comme une ressource écotouristique de premier ordre. Les risques qui pèsent sur leur sauvegarde restent bien réels. Raréfaction des sites de ponte par une urbanisation accrue des zones côtières, exploitation ciblée sur des zones où ces espèces ne sont pas protégées ou encore captures accidentelles par des pêcheries hauturières, sont autant de menaces qui pèsent sur ces espèces. Des plans de gestion ne peuvent être mis en place pour pallier efficacement ces atteintes qu'à la suite d'une meilleure connaissance du comportement des tortues.

A La Réunion, deux équipes scientifiques étudient les tortues marines du sud-ouest de l'océan :

  • le CEDTM qui gère la ferme Corail de Saint-Leu pour le compte de la Région Réunion,
  • et le laboratoire " Ressources Halieutiques " de la station de l'Ifremer à La Réunion.

Ce dernier qui mène des travaux sur la pêche palangrière et sur la mise en place d'un système d'information halieutique à La Réunion a commencé, à la fin des années 70, ses premières études sur les populations de tortues marines et sur les principaux sites de pontes que constituent les îles Eparses Europa et Tromelin. Dès sa création en 1997, le CEDTM a engagé un partenariat scientifique avec l'Ifremer, et aujourd'hui, tous les programmes de recherche concernant les tortues marines sont réalisés en collaboration étroite entre ces deux organismes. Les compétences acquises ont permis d'engager des partenariats avec les pays de la zone, principalement avec les Comores, Mayotte et Madagascar.

Les différents travaux de recherche sur les tortues, à La Réunion

Les premiers travaux concernaient la dynamique des populations et la biologie de la reproduction (rythme de ponte, fécondité, production de juvéniles, taux de survie, ...) de la tortue franche ( Chelonia mydas). Le suivi de la fréquentation des sites de pontes s'effectue par le dénombrement des traces de tortues sur les plages correspondantes. Ces données collectées depuis plus de trente ans, fournissent un indice d'abondance de l'espèce sur les sites étudiés. Parallèlement, des opérations de marquage permettent d'évaluer le nombre de femelles nidifiantes présentes chaque année sur les principales zones. Ces marquages permettent également de mesurer l'attachement spatial des tortues à leur site de ponte et d'évaluer les aires de répartition des populations concernées. Ces dernières années, la maîtrise de nouvelles technologies a permis de compléter les données acquises et d'élargir les thèmes de recherche. Les balises Argos permettent de suivre les déplacements océaniques et d'identifier les parcours migratoires entre les sites de reproduction et d'alimentation (cf. le chapitre suivant).

Les analyses génétiques ouvrent de nouvelles voies sur la caractérisation des différentes colonies. Le suivi des captures accidentelles de tortues par les pêcheries régionales et l'identification des causes de mortalités liées aux activités marines permettent d'évaluer l'impact des activités anthropiques en vue de proposer des mesures de conservation adaptées.

L'étude des comportements migratoires de la tortue verte

La tortue verte est présente dans différents habitats suivant son stade de développement. Naissant sur les plages, les jeunes tortues migrent vers la pleine mer pour y rester de trois à cinq ans (c'est la phase dite pélagique). Elles entament ensuite une migration vers les côtes pour rejoindre leurs aires d'alimentation. Enfin, lorsqu'elles arrivent à maturité sexuelle (15-20 ans), elles effectuent une nouvelle migration vers leur site de reproduction. A partir de ce stade, les tortues font des migrations périodiques, juqu'à la fin de leur vie, entre les aires d'alimentation et les sites de ponte.

Dans le souci de mieux comprendre ces différentes phases de vie, une quinzaine de tortues adultes et immatures a été marquée. La pose de balises Argos (qui émettent automatiquement des messages transmis à terre via des satellites en orbite terrestre basse) sur leur carapace a permis de suivre leur déplacement. Ces travaux ont porté sur des tortues sauvages capturées en pleine mer ou autour des îles de la zone ouest de l'océan Indien, ainsi que sur des tortues originaires de l'ancien élevage de Saint-Leu. Le but de ces suivis est double : d'une part, évaluer la capacité des tortues élevées en captivité à retrouver un comportement " sauvage ", garantissant ainsi leur survie dans le milieu naturel, et d'autre part, mieux comprendre les mouvements des tortues sauvages immatures durant leur phase pélagique. Cinq ans d'étude ont été nécessaires pour valider les hypothèses concernant le comportement migratoire des tortues vertes immatures dans l'ouest de l'océan Indien.

Tout d'abord, les tortues élevées en captivité et relâchées dans le milieu naturel ont toutes survécu. Après une période de réacclimatation, ces tortues ont rapidement adopté un comportement typique d'individus sauvages. Cette observation est encourageante dans la perspective d'un renforcement des populations naturelles par des jeunes tortues sauvages prégrossies en captivité dont le taux de survie est très faible en milieu naturel durant les premières années de leur vie. Cependant, cette solution ne reste envisageable qu'en appui à une gestion efficace des populations naturelles.

Ces suivis ont également permis de mettre en évidence l'importance de l'espace océanique qui constitue l'habitat privilégié des tortues immatures. Elles s'y déplacent durant plusieurs années sans rejoindre les côtes. Leur stratégie de déplacement semble être liée à la présence/absence de discontinuités océaniques telles que les fronts thermiques, les zones de convergence et de divergence de courants. Véritables bioaccumulateurs océaniques, ces discontinuités sont recherchées par la plupart des animaux marins pour s'alimenter.

Enfin, le suivi par satellite des tortues marquées a permis de constater que certaines jeunes tortues immatures rejoignent des habitats coralliens pour y poursuivre leur développement. En plus de fournir un abri potentiel contre les prédateurs, les récifs des îlots coralliens représentent un habitat intermédiaire entre le grand large et les herbiers côtiers. Cette étape transitoire modifie progressivement le régime alimentaire des jeunes tortues. Carnivores lors de leur phase juvénile, elles sont omnivores dans les milieux récifaux et deviennent définitivement herbivores à l'âge adulte.

Ces connaissances nouvelles apportent des éléments concrets indispensables à l'élaboration des plans de gestion et de sauvegarde des populations de tortues vertes dans l'ouest de l'océan Indien. Mieux connaître la répartition spatiale des tortues aux différents stades de maturité nous permet de préciser les risques potentiels de mortalité d'origine anthropique liés à ses divers habitats successifs. Le caractère fortement migratoire de l'espèce et l'étendue de son aire de répartition imposent un travail collectif à l'échelle de l'ouest de l'océan Indien, avec une collaboration indispensable entre les différents pays et communautés de la zone. Il est également essentiel de ne pas oublier d'intégrer dans les mesures de gestion les spécificités culturelles reliant l'homme à la tortue dans cette région de l'océan Indien.

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