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Recensement des impacts de la canicule et des conditions météorologiques des mois précédents sur l'environnement littoral

10/09/2003

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Si la canicule des deux premières semaines d'août a fortement marqué l'opinion publique, les dérèglements sur l'environnement littoral, signalés ci-après, sont en fait le résultat d'épisodes météorologiques exceptionnels qui ont commencé au début de l'année 2003 pour atteindre leur paroxysme pendant l'été, avec la canicule du mois d'août.

Contrastant avec une tendance qui portait aux hivers doux et aux étés médiocres, l'année 2003 fait figure d'exception. L'hiver 2002-2003 a été très doux et pluvieux jusqu'au 3 janvier puis froid et neigeux en janvier avant d'être froid et sec en février. A partir du 10 mars et pendant plus de 15 jours, un anticyclone se met en place sur le pays garantissant un ensoleillement optimal. Durant cette deuxième décade, les températures maximales de l'air sont supérieures aux valeurs normales (jusqu'à 10°C dans certaines régions). Cette situation a eu pour conséquence des blooms phyto-planctoniques précoces sur les côtes, en particulier de Bretagne et de Normandie. Des concentrations en chlorophylle habituellement mesurées aux mois d'avril ou mai ont été observées mi-mars sur le littoral Ouest-Cotentin et dans la baie du Mont-Saint-Michel (avec des concentrations pouvant atteindre respectivement 10 et 3 microgrammes par litre..

Les mois de juin et juillet 2003 ont été particulièrement chauds et secs sur toute la France et son littoral. Les températures de surface de la mer ont alors beaucoup progressé, avec une croissance maximale la première quinzaine d'août. Jusqu'à la fin août les températures de l'eau de mer, tant en surface qu'en profondeur, sont restées sur le littoral Atlantique à des niveaux rarement rencontrés, jusqu'à 3 à 4 degrés au-dessus des valeurs habituelles (cf. La canicule : des températures de surface de la mer hors norme - les cartes de température de surface sur le Golfe de Gascogne et le Golfe Normano-Breton).


Figure 1.
Source : Ifremer / laboratoire DEL TN

Impacts sur la conchyliculture

Les premières manifestations de réchauffement inhabituel des eaux sont apparues dès le mois de juin avec des pontes importantes et précoces d'huîtres dans tous les sites conchylicoles, d'Arcachon au Finistère. A Arcachon (cf. figure 2), le premier site de reproduction d'huîtres creuses en France, les taux de survie des larves d'huîtres et le captage du naissain ont été excellents en comparaison des années précédentes. En baie de Quiberon, le nombre de naissains captés est également élevé, mais les fixations sont cependant moins importantes qu'en 1999 ou 2001.


Figure 2.
Evolution de la température de l'eau dans le principal chenal du bassin d'Arcachon et chronologie des pontes principales des populations d'huîtres creuses au cours des étés 1998 à 2003.
Source : IFREMER/ Station d'Arcachon

Le bilan des alertes (ou pré-alertes) déclenchées dans le cadre du réseau de contrôle microbiologique REMI confirme l'exception de l'été 2003 où les mises en pré-alerte ont été trois fois plus nombreuses qu'en 2002 et 5 fois plus qu'en 2001. Le dérèglement du fonctionnement de certaines stations d'épuration sous l'effet de la chaleur, l'afflux touristique et la moindre dilution des eaux usées par les pluies ont eu pour conséquence de plus fortes concentrations colimétriques des rejets au littoral, bien plus conséquentes qu'habituellement ; leur impact sur la conchyliculture a été manifeste dans les petits estuaires quand il s'agissait de rejets de proximité. Les mois de juillet et août regroupent à eux seuls 61% des alertes (pré-alertes) déclenchées depuis le début de l'année 2003. A titre de comparaison pendant cette même période, il y a eu 25% des alertes en 2002 (10/39), 21% en 2001 (6/28) et 50% en 2000 (11/22). Les zones concernées par ces alertes se situent essentiellement en Bretagne (Finistère, Ille et Vilaine, Côtes d'Armor), Normandie (Seine Maritime, Manche et Calvados) et bassin d'Arcachon (cf. tableau 1 ci-après).

Départements

Depuis 01/2003

07 et 08/2003

07 et 08/2002

07 et 08/2001

07 et 08/2000

Nord Pas de Calais Somme

1

0

0

0

0

Seine - Maritime
Calvados Manche

8

6

1

0

8

Ille et Vilaine Côtes-d'Armor

8

7

0

2

1

Finistère

18

11

4

2

0

Morbihan Loire-Atlantique Vendée

4

1

2

1

0

Charente-Maritime

1

0

3

1

1

Gironde Landes

6

2

0

0

0

Pyrénées Orientales Aude Hérault Gard

3

3

0

0

1

Bouches du Rhône Var Alpes Maritimes
Haute Corse

0

0

0

0

0

Total

49

30

10

6

11

Les fortes températures d'août sont très probablement à l'origine des fortes, voire très fortes mortalités de palourdes et de coques dans les parcs et les gisements naturels de Bretagne-Sud. Une mission d'enquête associant l'administration, le SMIDAP et l'IFREMER a été chargée d'évaluer les pertes et leur origine (températures élevées, parasitose, nourriture, ou autre).

Au nord de la Charente-Maritime, le principal impact de la canicule a été l'occurrence d'une mortalité conséquente de moules adultes et du naissain. En première analyse, la température de l'eau au niveau des bouchots, dépassant durablement les 25°C, aurait provoqué un stress conduisant les moules à se détacher des pieux. Une commission "calamité agricole - mytiliculture" a été créée en Charente-Maritime. Le laboratoire de l'IFREMER-LCPC est chargé de recueillir les informations, à partir du réseau REMORA et des données hydrologiques dont celles du réseau REPHY. Un rapport sera prochainement remis à la Direction départementale de l'agriculture et de la forêt.

En Méditerranée, dans l'étang de Thau, les huîtres ont indirectement été touchées par les conditions météorologiques. L'augmentation de la température de l'eau, sous l'effet de la canicule, s'est traduite par une diminution de l'oxygène dissous alors que la faune et la flore aquatiques ont des besoins métaboliques plus importants en oxygène. La situation déjà critique avant le week-end du 15 août a basculé à la suite des orages des 16 et 17 août qui ont entraîné, suite au lessivage des terres, un apport dans la lagune en matières en suspension et en matière organique qui ont provoqué une demande biologique en oxygène supplémentaire. Les bactéries responsables de la minéralisation de ces matières organiques se sont activées et ont consommé elles aussi de l'oxygène entraînant une anoxie (dénommée localement "malaïgue") touchant plus particulièrement des zones de Mèze et de Marseillan, avec pour conséquence une forte mortalité des coquillages et la production de sulfures (odeur caractéristique d'H 2S).

Le Dinophysis (réseau REPHY) semble moins actif dans le Morbihan et le Finistère, où il avait longuement persisté en 2002, pour remonter vers le nord-est, dans la Manche. Si sa présence persistante sur le point Saint-Cast depuis la fin août, certes avec des concentrations faibles, est une première, tant pour l'ampleur que la durée, il faut surtout signaler les fortes concentrations depuis le mois d'août dans le Calvados qui ont amené à l'interdiction de ramassage et de commercialisation des coquillages entre l'estuaire de la Seine et la pointe de Tracy-sur-mer.

Impacts sur la pêche

Associées à la période de temps ensoleillé et chaud, avec une faible turbulence des eaux lors des coefficients de marée de morte-eau autour du 15 août, des proliférations de l'espèce Karenia mikimotoi, (ex. Gymnodinium nagasakiense) ont été observées dans la zone de Saint-Cast/Saint-Brieuc, avec pour conséquences de fortes mortalités de poissons de toutes espèces : barbue, saint-pierre, bar, roussette, etc. Karenia mikimotoi qui était assez régulièrement observée au cours de ces 7 dernières années dans le Finistère, y est par contre moins présente cette année, tout comme le Dinophysis signalé précédemment.

Des mortalités d'anguilles ont également été signalées dans de nombreux cours d'eau du département de Charente et du marais poitevin, vraisemblablement liées aux faibles teneurs en oxygène des eaux.

Impact sur le tourisme

Certaines gênes pour le tourisme balnéaire sont apparues à partir de la fin juillet sur différentes plages du golfe de Gascogne (d'Arcachon à la Trinité), avec des échouages d'algues vertes, les entéromorphes. Rappelons que dans la zone de balancement des marées se développent les algues brunes (Fucales) sur substrat rocheux, et les algues vertes (essentiellement des algues filamenteuses du groupe des Entéromorphes) sur substrat vaseux, voire sablo-vaseux. Après leur développement au printemps et en début d'été ces algues se décrochent des fonds. Elles viennent ensuite s'échouer en fin d'été sous l'action des vents et des courants sur les grèves où elles sont ramassées par les services techniques municipaux. La situation climatique exceptionnelle a favorisé le développement de ces végétaux et leur maturité est cette année en avance d'environ trois semaines sur une année "normale".

Notons parmi les autres conséquences, l'abondance, non exceptionnelle cependant, de méduses en divers endroits : méduses rhizostome dans les pertuis, "bébés méduses" dans la presqu'île de Quiberon et à Carnac ...

20030910bebemeduse


Début août, des baigneurs se sont plaints de picotements pendant leur baignade en mer, dans le Morbihan. Les coupables étaient ces "bébés méduses" invisibles en raison de leur taille ( de 0,5 à 3 millimètres) qui ont proliféré avec les température inhabituelles de l'eau. Photo : Ifremer / DEL-MPL / F. Rauflet

Plus récemment, depuis la fin août, des algues ( Asparagopsis armata), sous forme de nappes colorées rougeâtres et d'aspect laineux, viennent s'échouer sur des plages du Finistère, de façon plus présente que les années précédentes.

Autres impacts

D'autres anoxies liées aux fortes températures et à la demande croissante en oxygène ont touché les eaux côtières et continentales, sans toutefois avoir de conséquences visibles sur le littoral. Ce fut le cas par exemple dans la Seine, au barrage de Poses où les concentrations en oxygène dissous sont restées voisine de zéro pendant 48 heures (cf. schéma ci-après).


Source : Cellule antipollution

Le Centre de recherche sur les mammifères marins de La Rochelle est intervenu lors de l'échouage de 2 dauphins d'Electre ( Peponocephala electra) sur l'Ile d'Oléron, le 27 août. Or cette espèce qui vit dans les eaux tropicales ou subtropicales (40° N à 35°S), n'avait jamais été observée sur les côtes françaises ou européennes. La présence dans le golfe de Gascogne d'autres espèces fréquentant habituellement des latitudes plus basses, tel qu'une baleine à bec de True ( Mesoplodon mirus) ou un fou masqué ( Sula dactylatra, oiseau marin tropical) a été signalée alors que l'hypérodon boréal, associé aux eaux tempérées froides et observé habituellement dans le golfe en été, n'a fait l'objet d'aucune observation cette année.

Cette description des effets météorologiques exceptionnels de l'année 2003 sur l'environnement littoral n'est pas exhaustive. D'autres impacts apparaîtront ultérieurement, lors de prochaines campagnes océanographiques à la mer, comme ce fut le cas, fin août, lors d'une mission d'évaluation en baie de Saint-Brieuc des effets de l'exploitation industrielle de la crépidule. Les scientifiques de l'IFREMER ont constaté un très fort recrutement de ce mollusque proliférant qui semble à mettre en relation avec de bonnes conditions de reproduction printanière et estivale, ainsi qu'un taux de survie élevé des juvéniles.

 

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