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Des sites du littoral arctique canadien pollués par les chasseurs de baleines préhistoriques

18/02/2004

Il était jusqu'à présent admis que l'Arctique canadien avait été préservé de l'impact des activités humaines jusqu'à l'arrivée des européens dans le Nouveau Monde, en raison de la vie nomade des populations indigènes, de leur très faible densité et de leurs technologies de chasse et de cueillette considérées comme inoffensives pour l'environnement. Les travaux d'anthropologues et de paléo-environnementalistes des universités de Toronto, d'Ottawa et du Québec montrent qu'il n'en est rien. Les écosystèmes d'un site littoral de l'île Somerset, colonisé du 13e au 16e siècle par un groupe de baleiniers Thulé et abandonnés depuis, sont toujours modifiés par la lente dégradation des résidus de leur pêche. Il y a environ 1000 ans, les chasseurs de baleines de l'Alaska ont émigré par petits groupes vers l'est et ont créé des colonies dans l'Arctique canadien, jusqu'au Groenland. Ils suivaient probablement les grandes baleines boréales qui remontaient vers les mers polaires, en raison d'un réchauffement climatique dans l'Arctique accompagné d'une diminution de la banquise. Ces hommes, les ancêtres des actuels Inuits, sont appelés Thulés (ou Inuit de Thulé) par les archéologues, d'après le nom de la colonie du Groenland où furent découverts les premiers vestiges. Dans leur migration, ils emportèrent leur technologie de chasse sophistiquée pour l'époque comprenant le kayak, l'umiak, un canot plus grand pour la pêche et le transport (embarcations également en peaux de morses pour un équipage de 7 à 8 hommes avec déplacement à la rame), le sakku, une tête de harpon détachable qui va se fixer sous la peau de la baleine, des lances en os de mammifères marins, des flotteurs en peau de phoques. Ces flotteurs, attachés au harpon par une lanière de cuir de phoque, vont ralentir pendant sa plongée l'animal touché. Celui-ci, fatigué, va remonter à la surface pour se reposer et les baleiniers pourront alors l'achever avec des lances plantées dans le coeur ou les organes vitaux. La baleine était ensuite remorquée à terre où elle était dépecée, sachant qu'environ 60% de cette biomasse pouvant atteindre 15 tonnes étaient utilisés pour la nourriture, le fuel ou la construction.

Les Inuits de Thulé, peuple semi-nomade, s'installaient l'été dans des camps provisoires, sous des tentes de peaux, et passaient l'hiver dans des habitations semi-permanentes construites partiellement à l'aide d'os de baleines et situées près d'étangs. La plus grande concentration de vestiges de ces habitations d'hiver se situe sur le littoral dans le sud-est de l'île Somerset. Ces sites sont repérables d'avion par les restes d'os de baleine blanchis qui se détachent du reste de la toundra et par une végétation plus luxuriante, due à la fertilisation par la décomposition des derniers restes organiques, essentiellement des os de mammifères.

Un de ces sites de l'Ile Somerset, composé de 11 habitations d'hiver, a été étudié par des scientifiques canadiens, tant sur le plan archéologique que pour comprendre l'impact actuel et passé des chasseurs de baleines préhistoriques sur leur environnement (par datation et analyse des sédiments de l'étang et par analyse des nutriments de l'étang). Sur ce site, ils ont trouvé les restes d'au moins 125 baleines boréales, sans compter des os de bélugas (baleine blanche), des os de renard, des bois de caribou ...

Le site s'est enrichi en éléments nutritifs par décomposition des nombreux déchets organiques, entraînant une modification de l'écologie dont il reste des traces dans l'étang. De l'analyse des diatomées des sédiments de l'étang, ils montrent que ce site a été occupé régulièrement du 13e jusqu'au milieu du 15e siècle, puis épisodiquement jusqu'à la fin du 16e siècle. Ces nutriments, en fertilisant les eaux et le pourtour de l'étang, favorisaient le développement de mousses utilisées pour l'isolation de leurs habitations. Cette pollution du site avait donc des effets bénéfiques.

Bien que ce site ait été abandonné depuis 400 ans, la décomposition des os de baleines et autres résidus organiques, dans ou autour de l'étang, continue à modifier la qualité de ses eaux dont les concentrations en phosphore, carbone organique ou calcium sont très élevées pour des plans d'eau ultra-oligotrophique de cette région de l'Arctique.

Pour en savoir plus

L'article publié dans les comptes rendus du National Academy of Sciences des USA http://biology.queensu.ca/%7Epearl/images/thule.pdf

20040218WhalershouseJPSMO52 Photo J.P Smol de la Quenn's University de Kingston http://biology.queensu.ca/~pearl/images/
En hiver, les Thulé vivaient dans des habitations chauffées, partiellement enterrées et pavées de pierres plates. La charpente, fabriquée en os de baleines et bois flotté, était couverte de peaux de morses sur lesquelles étaient tassées des mottes d'herbe, de la mousse ou de la tourbe. L'entrée par un tunnel s'abaissant au milieu permettait de piéger l'air froid extérieur. A l'intérieur, la famille dormait au fond sur la banquette de pierre surélevée et couverte de fourrures. Pendant tout l'hiver, la maison était chauffée et éclairée avec des lampes à huile de baleine ou de phoque. Au printemps, les familles quittaient leur maison semi-enfouie, inondée lors du dégel, pour vivre sous des tentes de peaux jusqu'au prochain hiver.

 

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