ifremer Ifremer environnement
© Alain Le Magueresse, Ifremer
Arcachon
Surveillance Résultats Votre région

 

Documents
Rechercher
Rechercher
Plan du site Contact Copyright Crédits

Accueil > Actualité > 2004 > >

Eaux colorées à Noctiluca scintillans en Sud-Bretagne

28/07/2004

20040728Noctliluca125.jpg

Plusieurs observations et analyses réalisées pendant la deuxième quinzaine de juillet 2004 par les stations de l’Ifremer à Concarneau et à la Trinité-sur-mer confirment la présence de fortes concentrations de l'organisme phytoplanctonique : Noctiluca scintillans en baie de Concarneau et en baie de Quiberon. Dans ces deux secteurs, les concentrations en Noctiluca scintillans ont atteint plusieurs centaines de milliers d'organismes par litre d'eau de mer modifiant localement la couleur de la mer qui devient alors orange.

Cet organisme, plus connue sous le nom de noctiluque, est une microalgue sphérique (200 à 1200 µm de diamètre, soit 0,2 à 1,2 mm) planctonique. Elle est étudiée depuis le 18e siècle par les scientifiques (par exemple les travaux de Jean-Jacques d’Ortous de Mairan en 1717 : Dissertation sur la cause de la lumière des phosphores et des noctiluques). Cette espèce présente deux particularités remarquables :

  • elle génère fréquemment au large, en période estivale (dans les zones frontales) et à la côte (dans les secteurs confinés) des manifestations d'eaux colorées appelées "eaux rouges" traduction de l'anglais "red-tides" dont les développements sont spectaculaires, généralement de courtes durées et sans impact significatif sur la santé publique et la faune marine.
  • elle est bioluminescente (ce que précise la racine latine de son nom scientifique : Nocti.. pour nuit et luca pour la lumière.) Elle possède la propriété d’émettre de la lumière, déclenchée par une différence de pression qui entraîne une déformation de la surface cellulaire. La nuit, les eaux semblent alors émettre une fluorescence bleue lorsqu’elles sont agitées, par exemple avec la main. Cette bioluminescence est notamment visible dans le sillage et la vague d'étrave des bateaux.

Son développement est à relier avec les conditions hydroclimatiques rencontrés pendant cette période : mortes eaux, absence ou vents faibles, réchauffement rapide des eaux favorisant la stratification des eaux côtières.

Aucune relation n'a pu être établie, à ce jour, avec les apports continentaux des fleuves côtiers, ni encore moins avec des pollutions spécifiques. Il s’agit d’un développement naturel bien connu des marins.

L’un des réseaux nationaux de surveillance de la qualité du milieu marin, le REPHY (réseau de surveillance du phytoplancton et des phycotoxines) mis en place par l'IFREMER en 1984, permet de suivre régulièrement ce type d'efflorescence planctonique sur le littoral métropolitain.

20040728EauColoree Photo Gregory Rocher / Ifremer ; eaux colorées dans le port de Trévignon. Des eaux colorées rouges ont été signalées un peu partout en baie de Concarneau à la mi-juillet : l'espèce responsable est Noctiluca scintillans. Cette abondance de phytoplancton semble être une aubaine pour les méduses (plus ou moins grosses) qui se massent dans ou autour des taches.
20040728kayak525 Photo Florence Poncet / CEDRE ; Eaux colorées à Noctiluca scintillans dans la crique de Porsguen,le 22 juillet 2004
20040728EauColoree Photo Gregory Rocher / Ifremer ; eaux colorées dans le port de Trévignon. Des eaux colorées rouges ont été signalées un peu partout en baie de Concarneau à la mi-juillet : l'espèce responsable est Noctiluca scintillans. Cette abondance de phytoplancton semble être une aubaine pour les méduses (plus ou moins grosses) qui se massent dans ou autour des taches.
20040728NoctilucaCuves Photo Elizabeth Nezan / Ifremer ; cuve à décanter. Cet échantillon d'eau a été prélevé en rivière de Merrien, à la mi-juillet, dans des eaux colorées sous la forme de traînées brun-rougeâtres. Les cellules de noctiluques sont visibles à l'oeil nu. L'estimation de l'abondance cellulaire aurait presque pu être réalisée sans microscope : les cellules de noctiluques ont une taille approchant le millimètre.
20040728Noctliluca01 Photo Elizabeth Nezan / Ifremer ; Noctiluca scintillans. L'observation au microscope de l'échantillon précédent a permis de dénombrer près d'un demi-million de cellules par litre.

Les noctiluques fascinent. La littérature s’en est emparée. Citons cet extrait de « 20000 lieues sous les mers » de Jules Verne :

« Le Nautilus flottait au milieu d'une couche phosphorescente, qui dans cette obscurité devenait éblouissante. Elle était produite par des myriades d'animalcules lumineux, dont l'étincellement s'accroissait en glissant sur la coque métallique de l'appareil. Je surprenais alors des éclairs au milieu de ces nappes lumineuses, comme eussent été des coulées de plomb fondu dans une fournaise ardente, ou des masses métalliques portées au rouge blanc ; de telle sorte que par opposition, certaines portions lumineuses faisaient ombre dans ce milieu igné, dont toute ombre semblait devoir être bannie. Non ! ce n'était plus l'irradiation calme de notre éclairage habituel ! Il y avait là une vigueur et un mouvement insolites ! Cette lumière, on la sentait vivante !

En effet, c'était une agglomération infinie d'infusoires pélagiens, de noctiluques miliaires, véritables globules de gelée diaphane, pourvus d'un tentacule filiforme, et dont on a compté jusqu'à vingt-cinq mille dans trente centimètres cubes d'eau. Et leur lumière était encore doublée par ces lueurs particulières aux méduses, aux astéries, aux aurélies, aux pholadesdattes, et autres zoophytes phosphorescents, imprégnés du graissin des matières organiques décomposées par la mer, et peut-être du mucus secrété par les poissons. »

Pour en savoir plus

Sur la bioluminescence marine

http://ascussat.free.fr/

 

fermer

Lire la suitelire