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30 000 bougies pour les 140 ans du phare Amédée

04/09/2005

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La Nouvelle-Calédonie commémore, le 15 novembre 2005, les 140 ans de la mise en service d'un des plus grands phares métalliques actuels, qui, construit sur les hauteurs de Paris, a été envoyé à Nouméa en pièces détachées pour assurer la sécurité des navires transportant les premiers bagnards avant de devenir le phare d'un des grands ports commerciaux du Pacifique.

20050905_Phare_Amedee_0 Photo Gregory Gillot ; Le phare sur l'îlot Amédée sécurise la passe de Boulari (à droite sur la photo).

Au milieu du XIXe siècle, le gouvernement impérial, confronté aux nombreuses insurrections populaires en métropole, a recherché, à l'exemple des anglais en Australie, une île pouvant servir de colonie pénitentiaire pour recevoir des condamnés politiques et de droit commun, sous un climat moins meurtrier que celui de la Guyane. La Nouvelle-Calédonie qui attirait jusque-là essentiellement des chasseurs de baleines, des trafiquants de bois de santal ou des pêcheurs de biche de mer (holothurie prisée par la pharmacopée chinoise) est désignée en 1850 par l'Assemblée législative comme "l'une des terres les plus propres à recevoir nos établissements pénitentiaires". En 1854, année où la France annonce qu'elle vient de s'enrichir d'une nouvelle colonie, le capitaine de vaisseau Louis Tardy de Montravel, commandant de la colonie, porte son choix sur la presqu'île de Nouméa pour construire le futur Chef-lieu du territoire. Sa vaste rade au mouillage sûr et aux abords faciles, protégée par l'île Nou, s'y prêtait naturellement, malgré le manque d'eau douce, à la création de Port de France. La nouvelle ville reprendra son nom canaque de Nouméa en 1866, pour éviter la confusion postale avec Fort de France en Martinique.

Depuis la découverte de l'Ile par le Capitaine Cook, en 1774, l'approche des côtes à travers la barrière de corail et avec de nombreux récifs est réputée dangereuse. En 1792, Antoine de Bruny d'Entrecasteaux a failli le premier s'y échouer pendant son expédition de recherche de La Pérouse, avec ses navires La Recherche et L'espérance. En 1859, le nouveau commandant de la colonie, le capitaine Jean-Marie Saisset, demande à Paris la construction d'un phare sur l'île des Pins pour sécuriser l'accès des navires au port. La commission des phares réunie propose en 1861 la préfabrication d'un grand phare en fer qui serait transporté et monté sur l'îlot Amédée qui paraît le mieux situé pour la navigation maritime. Faute de tailleurs de pierre, de maçons et d'ouvriers spécialisés dans la colonie, la commission a en effet opté pour une nouvelle méthodologie testée quelques années plus tôt par l'Anglais Alexander Gordon à la Jamaïque (phare de 35 mètres de haut à Morant Point, allumé en 1841 et toujours en service) et reproduite dans trois colonies de l'empire britannique (Terre-Neuve, Barbade et Ceylan). Le ministre de la Marine et des Colonies, le comte Prosper Chasseloup-Laubat, approuve ce projet qu'il confie à Léonce Reynaud, le directeur des phares, à qui nous devons de nombreux phares actuels (en 1867, dans un dossier de candidature à l'Académie des sciences, il indique que "sur 291 phares de divers ordres actuellement allumés sur les côtes de France (...), 131 ont été établis sous ma direction, et la plupart d'après mes plans.")

Léonce Reynaud établit les plans du phare calédonien en apportant des idées innovantes au phare de Gordon. Si la tour est également constituée d'éléments usinés en fer puddlé, de taille limitée pour pouvoir être assemblés de l'intérieur sans échafaudage et avec un nombre limité d'ouvriers, elle présente l'originalité d'avoir une ossature métallique intérieure indépendante de l'enveloppe métallique extérieure de protection (cf. dans le "pour en savoir plus" la description donnée en 1867 par Léon Renard). Cette technologie efficace contre la corrosion, et donc mieux adaptée au pays humides tropicaux, a été reprise dans d'autres constructions comme celle de la statue de la Liberté par Auguste Bartholdi et Gustave Eiffel.

Les plans hardis pour l'époque, sont présentés à l'exposition universelle de Londres en 1862. La réalisation de la tour est confiée, d'une part, aux ateliers Rigolet des buttes Chaumont à Paris, réputées alors pour leurs vérandas de jardins d'hiver, et, d'autre part, au célèbre opticien Henri Lapaute pour le système optique de la lanterne.

En quatre mois, les pièces sont usinées. Conformément au contrat qui prévoit de vérifier la rigidité de l'ouvrage avant son envoi en Nouvelle-Calédonie, les pièces sont assemblées à proximité des ateliers. Le phare qui s'élève sur les hauteurs de la Villette devient à partir de juillet 1862 le but de promenades et un sujet de conversation des parisiens. Démontées en juin 1864 et emballées dans 1 200 caisses, les pièces représentent 387 953 kg. Elles sont acheminées par péniche jusqu'au Havre, puis embarquées à bord de l'Emile Pereire. Elles arrivent à Port-de-France le 15 novembre 1864.

Louis-Emile Bertin, alors âgé de 24 ans, fut chargé de la conduite des travaux de construction sur place par des militaires et des autochtones. Ce jeune ingénieur du génie maritime deviendra célèbre par la suite, non pas pour sa mission calédonienne mais pour avoir été directeur des constructions navales de deux pays : au Japon où il dessinera, entre 1885 et 1889, trois bâtiments de combat et une vingtaine de vedettes, le noyau de la flotte du Mikado qui décima les flottes chinoise (1895) et russe (1905), puis en France ou une trentaine de bâtiments seront construits sous sa direction.

La pose de la première pierre du soubassement du phare par le gouverneur, le capitaine de vaisseau Charles Guillain, le 18 janvier 1865, fut l'occasion d'une cérémonie. Une cassette en plomb renfermant des pièces, une médaille commémorative et un parchemin mentionnant les noms des invités, y fut déposée.

Moins de dix mois plus tard, les travaux étaient achevés. La date choisie pour allumer le phare fut le dimanche 15 novembre, jour de la fête de l'impératrice Eugénie. Une nouvelle cérémonie fut organisée en présence des autorités religieuses et militaires et de tous les notables de Nouméa (cf. dans le "pour en savoir plus" un extrait du discours du gouverneur rapporté par Léon Renard).

C'est par la passe de Boulari signalée par Amédée qu'arrive le 10 décembre 1873, à bord du Virginie, un nouveau convoi de déportés, célèbre celui-là. Il transporte les condamnés de la Commune de Paris, parmi lesquels Louise Michel et Henri de Rochefort, qui avaient pu admirer sur les hauteurs de Paris, dix ans plus tôt, ce phare, symbole du progrès.

20050905_Phare_Amedee_1 Photo Jack Pichon ; le phare est situé sur l'île Amédée, dans une zone du lagon classée réserve marine. Phare de premier ordre, il indique l'approche des terres et l'entrée de la passe de Boulari aux navires venant du large. Il est situé à 13 milles du port de Nouméa, par 22°28.800 Sud et 166° 27.900 Est. Cet amer très remarquable est fort utile pour les navires venant du large car il est difficile de distinguer les passes qui se voient essentiellement avec l'absence ou la présence de houle du Pacifique et donc très délicat à franchir sans connaissance de la zone et sans balisage. De nos jours, la passe de Dumbea, plus au Nord, est la plus utilisée par les gros navires.
20050905_Phare_Amedee_2 Photo Jack Pichon ; l'entrée du phare est surmontée d'un fronton rappelant que Napoléon III régnant, ce phare a été exécuté à Paris, 1862 .
20050905_Phare_Amedee_3 Photo Gregory Gillot ; Amédée, généralement considéré comme le phare métallique le plus haut au monde, avec 55 mètres, a un mètre de moins que le phare hollandais Lange Jaap construit en 1878. Le foyer du phare calédonien est à 52 mètres au-dessus du zéro hydro.
20050905_Phare_Amedee_4 Photo Yves Harache ; à l'entrée du phare, une plaque rappelle qu'il a été construit par les ateliers Rigolet sous maîtrise d'oeuvre des Ponts et Chaussées : la conception du projet a été confiée à Léonce Reynaud et sa réalisation aux ingénieurs Chevallier et Allard. La signalisation maritime avait été affectée par Napoléon, en 1806, à la direction générale des Ponts et Chaussées à laquelle étaient rattachés le service des phares (en charge du développement technique et du contrôle du réseau des phares) et la commission des phares qui, composées de représentants d'institutions scientifiques (bureau des longitudes, polytechnique, école des ponts et chaussées?), de la marine?, avait une mission d'évaluation et d'avis.
20050905_Phare_Amedee_5 Photo Yves Harache ; les 247 marches de l'escalier en fer puddlé mènent à la terrasse et la lanterne.
20050905_Phare_Amedee_6 Photo Jack Pichon ; de la terrasse en forme de couronne ornée d'étoiles de David, on aperçoit au large la Grande Terre.
20050905_Phare_Amedee_8 Photo Jack Pichon ; le feu, d'une puissance de 30 000 bougies, porte à 24,5 miles. Il a été électrifié en 1985, avec une alimentation par éolienne remplacée en 1994 par des panneaux solaires. A l'origine, le phare était éclairé avec une lampe à huile de colza, puis, à partir de 1952, par un système à pétrole vaporisé. Son optique tournante de 0,25 m de distance focale fournit 2 éclats groupés en 15 secondes.

Pour en savoir plus

Le dossier "Phares et Histoire" de la bibliothèque de l'Ecole des Ponts et Chaussées :

http://www.enpc.fr/fr/documentation/fonds_ancien/phares/Commencement.htm

Sur vos connaissances en matière de phares en France :

http://www.ifremer.fr/envlit/pedagogie/index.htm (le premier ''memory'' de la série)

Le phare de Nouvelle-Calédonie par Léon Renard (1867) :

Phares de Walde, de l’Enfant Perdu et de la Nouvelle-Calédonie / Léon Renard, 1867 - Document Pdf, 15 Ko

 

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