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Pollutions Accidentelles / Prestige

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Questions sur le fioul

Comment savoir si le fioul prélevé sur une plage ou sur un oiseau mazouté est celui du Prestige, de l'Erika ou d'un autre pétrolier ?

Cette question est beaucoup plus complexe qu'une analyse d'urine ou d'ADN dans les enquêtes policières des séries télévisées ... En effet, lorsqu'il arrive sur le littoral, le fioul a déjà perdu beaucoup de ses éléments volatils et facilement solubles, qui ne représentent eux-mêmes qu'une partie des centaines de composés qui constituent le fioul. C'est pourquoi, il est essentiel de chercher un nombre important de composés présents dans l'échantillon afin de connaître leurs empreintes chimiques caractéristiques. Ces empreintes sont reconnaissables, car un fioul lourd résulte d'un mélange complexe de résidus de la distillation de pétroles bruts. Cependant il faut prendre en compte leurs évolutions dans le temps. Il est donc nécessaire de réaliser des analyses très fines qui demandent une méthodologie rigoureuse et parfois longue.

Enfin, selon l'endroit où l'échantillon aura été récolté, et la durée de son séjour en mer, les analyses peuvent montrer des résultats bruts différents. En effet, un échantillon qui aura passé plusieurs jours en mer n'aura pas forcément la même composition qu'un échantillon prélevé dans la cuve du pétrolier et qui n'aura pas subi de transformation (dissolution et évaporation des composés volatils de poids moléculaire faible, ainsi qu'émulsification). Toutefois ces variations n'empêchent pas de reconstruire et reconnaître l'empreinte du fioul du Prestige, de calculs spécifiques à partir des résultats bruts.

Quelle est la toxicité de ce fioul ?

Le CEDRE a chargé le Dr Alain BAERT du centre anti-poison de Rennes de donner son avis sur les risques encourus et les précautions à prendre lors des manipulations du produit, pendant les opérations de nettoyage. Le CEDRE précise que cet avis n'est pas une prise de position des autorités françaises, mais seulement une première information à l'usage de ceux qui sont sur le terrain. C'est un document qui sera ajusté au fur et à mesure de l'arrivée de nouveaux résultats d'analyses (document à télécharger en pdf sur le site du CEDRE).

Trois ans après le naufrage de l'Erika, les analyses chimiques dans les coquillages montrent que l'on décèle encore l'empreinte de l'Erika sur certains sites de Loire Atlantique et de Vendée. Ceci montre la persistance de certains composés de ce fioul dans l'eau et les sédiments. Il est donc nécessaire de réaliser un suivi écologique mais également sanitaire. Dans le cas de l'Erika, toutes les zones conchylicoles ont été réouvertes à l'exploitation 6 mois après l'accident.

Sous quelle forme se présente la pollution ?

Le fioul du Prestige apparaît sous plusieurs formes physiques. En surface, il est visqueux, épais mais plus léger que l'eau si bien qu'il flotte. Lorsqu'il arrive sur les plages, ce fioul est nettoyé. Malgré ce nettoyage, il reste très souvent des résidus qui, à la prochaine marée, alourdis par du sable, sont amenés au fond de l'eau. Cette forme de pollution est moins spectaculaire et mesurable que les tas visqueux qui s'amoncèlent sur les plages mais peut entraîner une persistance de la pollution dans l'eau, toute aussi néfaste.

Quelles sont les conséquences sur les fonds marins ?

Il est difficile d'en mesurer les effets actuellement. Le fioul lourd du Prestige est moins toxique à court terme que de l'essence ou du gasoil , mais sa composition entraîne une persistance de la pollution par une diffusion lente de ses composés, parfois toxiques, dans l'eau et le sédiment. Plusieurs années seront nécessaires pour mesurer les effets sur les poissons, crustacés, mollusques qui vivent et se nourrissent dans ce milieu contaminé. D'autant plus que le métabolisme de ces espèces (crustacés et poissons notamment) transforme souvent les composés du fioul en d'autres substances (parfois plus nocives), encore mal connues des chercheurs. Il ne suffit donc pas de mesurer dans ces espèces les mêmes composés que dans le fioul comme cela est fait sur les organismes qui se contentent de filtrer l'eau pour se nourrir et concentrent les contaminants qu'elle contient. C'est le cas des moules et des huîtres qui sont très souvent utilisées comme indicateurs de la pollution du milieu dans lequel elles se trouvent.

En plus des mesures chimiques, il est également essentiel d'étudier l'effet produit par les composés du fioul sur l'organisme de ces mollusques. En effet, certains d'entre eux peuvent provoquer des lésions de l'ADN qui affectent la croissance ou la reproduction : ces effets ne seront mesurables que sur plusieurs années.

Quelle est la part de la pollution pétrolière provoquée par les naufrage de navires ?

Les estimations des déversements annuels et mondiaux d'hydrocarbures que vous trouverez ci-dessous, sont tirées d'un travail de R.B. CLARK publié dans Marine Pollution en 1992. Il ne semble pas exister de données plus récente à ce jour.

Cette estimation nous apprend que les rejets de l'industrie et de l'urbanisation sont la principale source des déversements mondiaux d'hydrocarbures (près de 50%). Ces 1,16 millions de tonnes représentent des apports quotidiens lors d'opérations de chargement de véhicules, de remplissage, de vidange ou de nettoyage de cuves ; des défaillances techniques... Ces hydrocarbures transitent pour la plupart par les égouts et le réseau hydrographique, où ils sont en partie dégradés, avant de terminer en mer. Une petite portion est rejetée directement sur le littoral.

La pollution accidentelle ne représente que 5% de la pollution totale soit 2 fois moins que celle provoquée par les déballastages.

A noter également une part non négligeable de rejets naturels d'hydrocarbures. Il existe effectivement, dans certaines mers côtières, des zones de suintements naturels d'hydrocarbures fossiles au niveau de bassins sédimentaires érodés et de failles entre blocs de la croûte terrestre. C'est le cas sur les côtes de l'Alaska, de la Californie, du golfe du Mexique, du Venezuela, de la mer Rouge, de la mer Caspienne, de l'île de Bornéo.

Ces chiffres montrent que l'homme est responsable de plus des 9/10èmes du total des déversements par hydrocarbures. Les marées noires ne représentent qu'une faible part de la pollution annuelle dans le milieu marin, variable selon les sites, mais dont le caractère soudain et massif peut être la cause de dommages socio économiques et écologiques considérables au regard du volume relatif qu'elles représentent par rapport au volume des pollutions chroniques.

En outre, le travail de R.B. CLARK porte sur des estimations mondiales. Localement, ces tendances peuvent être très différentes. Ce peut être le cas de pays comme la France, l'Espagne, qui ont une façade maritime importante et qui sont donc plus exposés aux risques de pollutions accidentelles.

 

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