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Des sucres d'orge pour le Gino

27/11/2003

L'ifremer a reçu encore récemment l'étiquette d'un flotteur, trouvé par un pêcheur au large de la Bretagne, qui avait été largué avec 5000 autres pour étudier le devenir de la pollution par le pétrolier Gino.

Le 28 avril 1979, le pétrolier libérien Gino venant du Texas à destination du Havre coule au large d'Ouessant, par 120 mètres de fond, à la suite d'une collision avec le pétrolier norvégien Team Castor. Les 41 000 tonnes de sa cargaison, du «carbon black oil» (un pétrole raffiné 1,09 fois plus lourd que l'eau constitué d'hydrocarbures à forte teneur d'aromatique et destinés à la fabrication du «noir de carbone») se répand sur les fonds malgré sa forte viscosité.

Le CNEXO (qui fusionnera en 1984 avec l'ISTPM pour former l'IFREMER) est alors chargé par le ministère de l'environnement et du cadre de vie, d'organiser un programme de suivi de l'impact écologique des pollutions par les hydrocarbures. En juin, le Nadir est envoyé sur zone avec la soucoupe Cyana pour examiner la coque du GINO et cartographier la nappe d'hydrocarbures répandue sur le fond. Un programme de suivi des conséquences écologiques de cette pollution est établi en liaison avec l'IFP et l'ISTPM, à l'aide de campagnes effectuées à bord des navires océanographiques, Pelagia, Roselys II, Cryos et Noroit, de 1979 à 1983.

Parallèlement, pour déterminer le déplacement du pétrole sur le fond, l'équipe de l'Unité Littorale (UL) du CNEXO engage des travaux. Comme à cette époque les modèles de courant bi-dimensionnels ne pouvaient donner une vision des courants sur le fond, l'UL propose de mouiller quelques courantomètres en point fixe et d'utiliser des flotteurs de fond. Système D oblige, ils sont constitués d'une assiette de pique-nique en plastique de 20 centimètres de diamètre. Une queue de 35 cm en nylon lestée à son extrémité permet de maintenir l'assiette en équilibre près du fond. Les flotteurs entraînés par les courants sont récupérés, après un certain temps, par échouage à la côte ou lors de chalutage par les pêcheurs (avec prime pour quiconque retournait au centre du CNEXO à Brest une plaquette d'identification du flotteur et la position où il avait été retrouvé.). Pour qu'ils partent de la même zone sur le fond, après une descente de 120 mètres depuis la surface, les flotteurs étaient mis à l'eau par paquet lesté d'une dizaine de flotteurs, attachés par une goupille se dissolvant peu après leur arrivée sur le fond. La goupille utilisée, mise au point quelques années auparavant pour les besoins des campagnes d'exploration des nodules dans le Pacifique, était constituée d'un simple ... sucre d'orge qui fondait dans l'eau (pour la petite histoire, lors d'un contrôle, les inspecteurs de la cours des comptes s'étaient inquiétés des quantités de sucre d'orge achetées par le CNEXO).

5 000 flotteurs rustiques seront ainsi lâchés par 48°17 N et 5° 40 W, à proximité de l'épave, entre février et octobre 1981. Le taux de récupération sera faible et les résultats peu significatifs puisqu'en décembre 1984, soit plus de trois ans après leur mise à l'eau, 286 flotteurs seront retrouvés jusqu'à 40 km à l'est, l'essentiel ayant été piégé dans les champs de laminaires à proximité de l'épave du Gino. Vingt cinq ans après, des flotteurs sont encore retrouvés épisodiquement, et l'Ifremer tient les engagements du CNEXO en versant la prime dont la valeur s'émousse avec le temps.

Si vous trouvez sur la côte bretonne ou au large une assiette en plastique avec une étiquette mentionnant la propriété du CNEXO, ne la jetez pas, elle vous rapportera les 35 Francs promis en 1981, devenus 5 Euros et 34 centimes. Si ce n'est pas la richesse, c'est de la fortune de mer.

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20031127flotteurs_Gino_1981

 

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