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Lire en fête

16/10/2004

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La seizième édition de Lire en fête, les 15, 16 et 17 octobre 2004 est une opportunité pour lire ou relire quelques textes oubliés sur la mer et le littoral.

***

Pierre de Marbeuf

Et la mer et l'amour ont l'amer pour partage,
Et la mer est amère, et l'amour est amer,
L'on s'abîme en l'amour aussi bien qu'en la mer,
Car la mer et l'amour ne sont point sans orage.
Celui qui craint les eaux, qu'il demeure au rivage,
Celui qui craint les maux qu'on souffre pour aimer,
Qu'il ne se laisse pas à l'amour enflammer,
Et tous deux ils seront sans hasard de naufrage.
La mère de l'amour eut la mer pour berceau,
Le feu sort de l'amour, sa mère sort de l'eau,
Mais l'eau contre ce feu ne peut fournir des armes.
Si l'eau pouvait éteindre un brasier amoureux,
Ton amour qui me brûle est si fort douloureux,
Que j'eusse éteint son feu de la mer de mes larmes.

***

Flaubert, Par les champs et par les grèves

Le ciel était rose, la mer tranquille et la brise endormie. Pas une ride ne plissait la surface immobile de l'Océan, sur lequel le soleil, à son coucher, versait sa couleur d'or; bleuâtre vers les côtés seulement, et comme s'y évaporant dans la brume, partout ailleurs la mer était rouge, et plus enflammée encore au fond de l'horizon, où s'étendait dans toute la longueur de la vue une grande ligne de pourpre. Le soleil n'avait plus ses rayons: ils étaient tombés de sa face, et noyant leur lumière dans l'eau, semblaient flotter sur elle. Il descendait en tirant à lui du ciel la teinte rose qu'il y avait mise, et à mesure qu'ils dégradaient ensemble, le bleu pâle de l'ombre s'avançait et se répondait sur toute la voûte. Bientôt il toucha les flots, rogna dessus son disque rond, s'y enfonça jusqu'au milieu. On le vit un instant, coupé en deux moitié par la ligne de l'horizon; l'une dessus sans bouger, l'autre en dessous qui tremblotait et s'allongeait, puis il disparut complètement, et quand, à la place où il avait sombré, son reflet n'ondula plus, il sembla qu'une tristesse tout à coup était survenue sur la mer.

***

Du Bellay, l'Olive

Je suis semblable au marinier timide ;
Qui voyant l'air çà et là se troubler,
La mer ses flotz ecumeux redoubler,
Sa nef gemir soubz ceste force humide,
D'art, d'industrie, et d'esperance vide,
Pense le ciel, et la mer s'assembler,
Se met à plaindre, à crier, à trembler,
Et de ses voeux les Dieux enrichir cuyde.
Le nocher suis, mes pensers sont la mer,
Soupirs, et pleurs sont les ventz et l'orage,
Vous ma Déesse etes ma clere etoile,
Que seule doy', veux, et puis reclamer,
Pour asseurer la nef de mon courage,
Et eclersir tout ce tenebreux voile.

***

Paul Valery, Regards sur la mer .

Ciel et Mer sont les objets inséparables du plus vaste regard les plus simples, les plus libres en apparence, les plus changeants dans l'entière étendue de leur immense unité et toutefois les plus semblables à eux-mêmes, les plus visiblement astreints à reprendre les mêmes états de calme et de tourment, de trouble et de limpidité.

Oisif, au bord de la mer, si l'on tente de déchiffrer ce qui naît en nous devant elle quand, le sel sur les lèvres, et l'oreille flattée ou heurtée de la rumeur ou des éclats des eaux, on veut répondre à cette présence toute-puissante, on se trouve des pensées ébauchées, des lambeaux de poèmes, des fantômes d'actions, des espoirs, des menaces toute une confusion de velléités excitées et d'images agitées par cette grandeur qui s'offre, qui se défend qui appelle par sa surface et effraie par ses profondeurs, l'entreprise.

C'est pourquoi il n'est point de chose insensible qui ait été plus abondamment et plus naturellement personnifiée que la mer. On la dit bonne, mauvaise, perfide, capricieuse, triste, folle, ou furieuse ou clémente ; on lui donne les contradictions, les sursauts, les sommeils d'un être vivant. Il est presque impossible à l'esprit de ne pas animer naïvement ce grand corps liquide sur lequel les actions concurrentes de la terre, de la lune, du soleil et de l'air composent leurs effets. L'idée du caractère fantasque et violemment volontaire que les anciens prêtaient à leurs divinités, et nous-mêmes parfois attribuons aux femmes, s'impose assez à qui voisine avec la mer. Une tempête s'improvise en deux heures. Un banc de brume se condense ou se dissipe par magie.

Deux autres idées, trop simples, et comme toutes nues, naissent encore de l'onde et de l'esprit.

L'une, de fuir ; fuir pour fuir, idée qu'engendre une étrange impulsion d'horizon, un élan virtuel vers le large, une sorte de passion ou d'instinct aveugle du départ. L'âcre odeur de la mer, le vent salé qui nous donne la sensation de respirer de l'étendue, la confusion colorée et mouvementée des ports communiquent une inquiétude merveilleuse. Les poètes modernes, de Keats à Mallarmé, de Baudelaire à Rimbaud, abondent en vers impatients qui pressent l'être et l'ébranlent, comme la brise fraîche à travers les gréements sollicite les navires au mouillage.

L'autre idée est peut-être cause profonde de la première. On ne peut vouloir fuir que ce qui recommence. La redite infinie, la répétition toute brute et obstinée, le choc monotone et la reprise identique des ondes de la houle qui sonnent sans répit contre les bornes de la mer, inspirent à l'âme fatiguée de prévoir leur invincible rythme, la notion tout absurde de l'Éternel Retour. Mais dans le monde des idées, l'absurdité ne gêne pas la puissance : la puissante et insupportable impression d'un éternel recommencement se change en désir furieux de rompre le cycle toujours futur, irrite une soif d'écume inconnue, de temps vierge et d'événements infiniment variés...

 

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